Xavier Cardinaux, 1er – 14 avril

Plasticien Genevois · Depuis de nombreuses années, la thématique du jardin est présente dans le travail artistique de Xavier Cardinaux. L’artiste se considère volontiers comme un jardinier cultivant patiemment l’évolution de ses plantations picturales et graphiques, croisant les genres et espèces, déclinant formes, couleurs et techniques. Les jardins partagent de nombreux codes esthétiques avec les beaux-arts : les jardins japonais entretiennent par exemple des liens étroits avec l’estampe et la calligraphie, les célèbres nymphéas de Claude Monet ont été réalisés dans son jardin de Giverny, enfin les jardins bibliques ont inspirés de nombreux peintres du Moyen Age et de la Renaissance. Plus récemment, de nouveaux mouvements artistiques, comme le Land Art ou le développement de la photographie numérique et de l’art vidéo favorisent une régénération de ce thème ancestral. Entre abstraction et figuration, Xavier Cardinaux revisite son thème de prédilection en présentant des dessins et du mapping vidéo, une technique qui consiste à créer un jeu de superposition d’images et d’objets afin de créer une sorte de tableau mobile.

Xavier Cardinaux, Philosophia naturalis (extraits)

(…) L’observation des peintures de Xavier Cardinaux montre qu’il ne représente pas de paysages ou de motifs végétaux organisés traditionnellement en une succession de plans illusionnistes. L’artiste juxtapose ses éléments de composition au même niveau, sans souci d’échelle, produisant une vision très rapprochée de son sujet, rappelant effectivemment la manière adoptée par Monnet dans ses séries de Nymphéas. Cette méthode aperspective, plongeant le spectateur dans l’intimité du végétal et des éléments plastiques, concerne principalement ses compositions à l’huile. Mais lorsqu’il aborde le dessin à la mine de plomb, à l’encre de chine, Xavier Cardinaux inverse ce processus, créant alors des portions d’univers qui semblent suspendues dans un espace virtuellement illimité. La vision de près et de loin constitue une polarité récurrente de son œuvre, la nature devient alors prétexte à la recomposition d’une topographie évoquant des espace de l’entre-deux, combinant extériorité et intériorité, réalisme et imaginaire. Ces lieux intermédiaires, et notamment ceux qu’il qualifie de « jardins », ne vont pas sans évoquer les mythes originels et édeniques liés à ce thème, sources de nombreux récits relatant la naissance de civilisations (…) aussi les macrocosmes et microcosmes de Xavier Cardinaux créent-ils des architectures ouvertes à maintes déclinaisons et où l’idée de nature associe des concepts opposés tels que: permanence et évolution, fragilité et résistance, convergence et divergeance, ordre et désordre. Des mondes perdus, en devenir ou parallèles (…) Cette approche pourrait à bien des égard illustrer une philosophia naturalis (…) Xavier Cardinaux a élu le jardin comme l’une des figures emblématiques de son univers plastique. Ce lieu de naissances et de décompositions lui sert, tel un terreau fertile, à cultiver et développer ses métamorphoses de l’intime qui, au gré des représentations qu’il en livre, participent à construire un dialogue entre l’artiste et le monde, sans se targuer d’un point de vue absolu ou transcendental sur la nature. Abri, refuge ou exil ? peu importe, l’essentiel reste que cette nature redessinée préserve un accès privilégié aux tropismes intérieurs. (Françoise-Hélène Brou)