Zivo et Valérie Ivanovic, juillet 2017

Zivo (Zivoslav Ivanovic) est né à Belgrade en 1960. L’artiste peintre, graveur, poète, installationniste et performeur vaudois vit à Lausanne.

Valérie Ivanovic, docteur en lettres, est traductrice et poétesse

Zivo : Pierres Galala et chevalet conceptuel

En découvrant la pierre Galala, une variété de marbre égyptien rose et traversé par un tracé irrégulier de fossiles, Zivo a ressenti le désir de tailler cette pierre aux propriétés subtiles. Le format qu’il a adopté est tabulaire, soit celui du panneau utilisé fréquemment dans l’art du bas-relief. Ce type de sculpture se différencie selon l’importance de la saillie : le haut-relief se détache presque entièrement du fond, le bas-relief présente quant à lui une faible entaille. Il existe une catégorie de relief encore plus faiblement incisé, il s’agit du « méplat » ou « stiacciato » en italien qui signifie « écrasé » qui fut pratiqué par quelques sculpteurs de la Renaissance, comme Donatello ou Desiderio da Settignano, pour explorer les limites entre le dessin et la sculpture. Les pierres gravées de Zivo présentent ce même traitement du relief fixant sur une profondeur maigre les éléments fondamentaux de la représentation graphique : le fond, la figure, le contour. Loin des préoccupations esthétiques et représentatives du Quattrocento, les reliefs de Zivo n’obéissent à aucune structure perspectiviste ou narrative, l’artiste décline les motifs symboliques et figures métaphoriques de son répertoire pictural et graphique qui se figent alors de façon aléatoire dans la masse minérale, tout en suggérant un sentiment de suspension temporelle. Par ce langage minimaliste où la création moderne et contemporaine renoue avec le synthétisme des arts premiers, Zivo contribue à renouveler le genre du bas-relief

Du chevalet comme concept de posage

Apparue vers la fin du 14e siècle, la peinture de chevalet a été déclarée bourgeoise, passéiste, incompatible avec l’accomplissement du projet moderniste, d’abord par les avant-gardes russes puis par le théoricien et critique d’art Clément Greenberg, (« La Crise du tableau de chevalet (1948) », Art et culture, Macula 1968). Ce moyen de communication artistique s’est alors effacé au profit d’autres outils tels que l’installation, la déconstruction, la performance, la scénographie. On oublie souvent que les graveurs et sculpteurs se servent aussi d’un chevalet, les premiers pour graver leur planche de bois ou plaque de métal, les seconds pour réaliser des bas-reliefs. Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui cet objet faisant traditionnellement partie de la panoplie de l’artiste est tombé en désuétude. La spécificité de son ergonomie comme son rôle historique de support ont amené Zivo à repenser son sens et sa fonctionnalité dans le champ de la présentification de l’art contemporain. Aussi a-t-il conçu cet outil dans l’esprit des specific objects de Donald Judd, favorisant la perception des objets et leur rapport à l’espace. Structure ouverte et vide, picturalisée et installée telle une sculpture, le specific object, dérivé du ready-made duchampien, se veut en communion directe avec la culture de masse, soit immédiatement compréhensible. A cet égard, le chevalet de Zivo tient de l’objet spécifique, mais aussi du site spécifique par référence aux sculptures et installations réalisées in situ, car lorsqu’une fois installé dans un espace donné avec le bas-relief qui y repose, il agit à plusieurs niveaux perceptifs: délimitation topographique et spatiale, scénographie de l’espace expositif, cadrage du regard, ou du point de vue, autant de facteurs renvoyant notre chevalet dans la catégorie des objets conceptuels, au même titre que les chaises de Bob Wilson servent de révélateur kaléidoscopique aux œuvres qu’il met en scène.
Françoise-Hélène Brou

« Midi le juste »

Le bourdon en transparence
au fond de l’entonnoir blanc de la fleur de liseron –
il ne fait même pas tache !
Le bout d’un cordon en ficelle de chanvre pour arrimer
le parasol au mât
de l’étendoir – cela fait vite sens
mais ne fige aucune ombre.
Le fleuve reconnu comme un être vivant (= personnalité juridique)
en Inde et en Nouvelle-Zélande –
Joie sans mélange, à partager le plus largement, comme le zénith de l’an 2017 –
que va-t-il se passer avec toutes ces tensions qui nous gouvernent
(Parole d’orge) ?
Valérie Ivanovic